
Les collections haute couture automne-hiver 2026-2027 décortiquées par les chiffres: chez Balenciaga, des manteaux moulés à partir de scans 3D de corps individuels; chez Schiaparelli, des corsets sculptés puis coulés dans du silicone; chez Duran Lantink, un buste imprimé en 3D, trempé dans du latex, teint à la carnation exacte du mannequin Leon Dame, grains de beauté peints par Matisse Di Maggio, et un ventre radicalement tordu. Comme le rapporte le décryptage signé Harper's BAZAAR France, la haute couture replace l'anatomie au centre — non plus comme sujet, mais comme matière première et terrain de jeu.
Matériaux et techniques: trois protocoles, zéro approximation
On observe trois méthodes distinctes dans les ateliers parisiens et romains. Premier protocole: le sur-mesure structurel. Pierpaolo Piccioli, pour ses débuts couture chez Balenciaga, fait mouler en cuir des attitudes de corps scannés en 3D. Le vêtement épouse la posture, pas une moyenne statistique. Maria Grazia Chiuri, ex-complice de Piccioli chez Valentino, propose de son côté à Rome une série de robes fluides dont les drapés produisent l'effet visuel de corsets — sans jamais entraver le corps.
Deuxième protocole: la sculpture hors corps. Daniel Roseberry chez Schiaparelli ne moule plus ses corsets sur les modèles, pratique héritée d'Yves Saint Laurent ou Claude Lalanne dans les années 1970. Il sculpte, puis coule du silicone. La pièce existe indépendamment du corps qui la portera. Conséquence: des reliefs anatomiques hyperréalistes, sans contact direct avec la peau, et une diffusion immédiate — Zendaya en portait un à l'avant-première londonienne de L'Odyssée de Christopher Nolan. Roseberry pousse l'expérience jusqu'à intégrer des lumières sous des plastrons aux airs de cages thoraciques, proposant la vision d'un corps modifié.
Troisième protocole: l'impression 3D comme peau. Duran Lantink va plus loin. Le buste du mannequin Leon Dame est imprimé, trempé dans du latex, teint à la carnation exacte, peint motif par motif. Puis le geste radical: le ventre tordu. On quitte l'imitation pour la déformation contrôlée, moins une plastique à enfiler qu'un trouble de perception assumé.
Le filtre pratique: ce qui reste une fois le podium éteint
Vrai: la haute couture produit des pièces unitaires, pas des séries. Les scans 3D, le silicone coulé, l'impression pièce par pièce relèvent de la production sur-mesure — c'est la définition même de l'exercice.
Faux: croire que ces techniques descendent dans le prêt-à-porter. Le coût d'un scan corporel, d'une sculpture silicone ou d'une impression 3D grand format reste hors du marché courant. Ce qui circule en boutique de centre-ville, ce sont les images, pas les pièces.
Verdict: à garder, l'attention portée à la posture et à la coupe structurelle — un bon tailleur ajuste, un mauvais plaque le tissu. À jeter, l'idée qu'une silhouette de podium se transpose telle quelle dans une garde-robe quotidienne. Les volumes dramatiques de Schiaparelli ou les torsions de Lantink ne fonctionnent qu'éclairés par un dispositif scénique précis. En plein jour, hors projecteur, l'effet ne tient pas.